" Mais quand c'est toi qui le dis, je l'entends, tu vois ce que je veux dire ? Je l'entends réellement. ça a un sens pour moi. C'est important je veux dire, et non seulement je l'entends mais j'y crois, de tout mon être... et je me sens bien, à l'intérieur. Tu sais quoi ? C'est parce que je pense que tu me connais vraiment, le vrai moi. Tu ne te contentes pas de l'enveloppe, tu regardes l'intérieur et tu t'aperçois qu'il y a une vraie personne dedans.
Pas une seule fois, jamais, ils n'ont essayé d'aimer le vrai moi, de m'aimer pour ce que je suis, de m'aimer pour mon esprit. On est des âmes s½urs, je suppose, c"est pour ça qu'on se sent si proches. C'est ce que je veux dire. Tu as du sentiment, tu vois. Tu peux m'apprécier, à l'intérieur. En ce moment même, tiens, je sens qu'on est près comme je ne l'ai jamais été de personne... qui que ce soit. Ouais, j'vois c'que tu veux dire. C'est c'que j'ressens, moi aussi. Je n'sais pas si j'peux dire avec des mots mais - Exactement, pas besoin de mots. C'est ça, l'intérêt. A quoi bon les mots quand il n'y a aucun sentiment derrière. Ce ne sont que des mots. Comme si je regardais un tableau et lui disant t'es beau. Qu'est-ce-que ça signifie, pour un tableau ? Mais je ne suis pas un tableau. Je ne suis pas un être bi-dimensionnel. Je suis une personne.Même un Boticcelli ne respire pas, il n'a pas de sentiments. C'est beau mais ça reste de la peinture. On peut toujours être beau, de l'extérieur, l'intérieur à des sentiments, des besoins, pour lesquels les mots ne suffisent pas. C'est pas seulement l'extérieur qu'est beau, mais y savent pas. C'est sans espoir. Et c'est justement pour ça qu'il faut pas s'inquiéter pour eux. Y t'enfonceront de toute façon. Tu peux pas compter sur eux, tôt ou tard y t'tourneront l"dos ou disparaîtront, et t'laisseront toute seule. Mais tu ne peux pas fuir tout le monde. On a toujours besoin d'aimer quelqu'un, je veux dire... quelqu'un à qui s'accrocher...quelqu'un...
Quelqu'un comme toi, ça pourrai coller vec quelqu'un comme moi. Avec toi j'pourrais vraiment faire quequ' chose. Tu crois vraiment que je pourrais t'inspirer? Tu r'donnerais vraiment un sens à ma vie. J'ai pas envie d'être un paumé à la dérive toute la vie. J'veux êt' quec' chose... n'importe quoi.
Il y a quelque chose en moi qui brûle de sortir, j'en pleure, mais il faut que ce soit la bonne personne qui m'ouvre la porte."
Extrait de retour à Brooklyn d'Hubert Selby. Autobiographique ? [...]